Budget 2022 : dépenser sans réformer n’est que ruine des finances publiques…



Le projet de loi de finances pour 2022 a finalement été adopté le 15 décembre par l’Assemblée nationale, laquelle avait le dernier mot dans le cadre de la lecture définitive intervenant au terme de la navette parlementaire, après l’échec de la commission mixte paritaire et de la procédure de conciliation avec le Sénat.


Je m’étais abstenu lors du précédent vote sur ce budget au terme de la première lecture, le 16 novembre. Pourquoi ? Parce que le dernier budget du quinquennat a été un budget “à trous” et reste un budget “de campagne” qui va dangereusement à rebours de la maîtrise de la dépense publique. Un budget “à trous” car le Gouvernement a fait adopter par sa majorité parlementaire les amendements budgétaires les plus coûteux de la Ve République au fil des annonces présidentielles de nouvelles dépenses (une quarantaine depuis… l’été !), avec par exemple un amendement à 30 Mds € pour le plan “France 2030” ou un amendement à 2 Mds € dédié au “contrat d’engagement pour les jeunes”. Sans oublier les divers “chèques” - souvent en blanc, toujours en bois - émis pour lutter contre les inflations tous azimuts, celle de l’énergie, celle de l’essence, etc. Et un budget “de campagne” car l’Exécutif maintient la fiction de l’argent magique avec un niveau de la dépense publique excessif après la fin de la période du “quoi qu’il en coûte”. Cette stratégie exceptionnelle n’était justifiée que le temps de la crise...


Avec une dette qui devrait dépasser durablement les 110% du PIB, le surendettement inédit de la France est problématique. En aggravant les déséquilibres macroéconomiques, ce budget prive le pays de marges de manœuvre budgétaires et hypothèque l’avenir de nos enfants. Le flux des dépenses structurelles est tellement élevé que le reflux de la dette accumulée sera très lent, accentuant la divergence des finances publiques européennes au moment où nos voisins de la zone euro sont engagés sur un désendettement rapide. Ainsi la France ne se contente-elle pas de faire partie des pays européens les plus endettés : elle est aussi celui qui prévoit de se désendetter le plus tardivement. Et si nous connaissons une forte reprise économique grâce à un marché du travail dynamique, n’oublions pas l’effet de base : l’ampleur du rebond en 2021 est d’abord et avant tout inversement proportionnelle à celle de la chute en 2020.


Le ver de la dépense publique excessive était-il dans le fruit du quinquennat ? Entre 2017 et la crise de la Covid, l’Exécutif n’a jamais fait des finances publiques une priorité, quelle que soit la dynamique de la croissance du PIB. Contrairement aux engagements du candidat, la dette publique est restée stable aux alentours de 100% jusqu’en 2020.


Et pour cause : aucune des réformes indispensables pour maîtriser la dépense publique n’a été menée. La réforme des retraites n’a pas été achevée. Celle de la fonction publique n’a pas même été amorcée. En équivalent temps plein, le nombre d’agents de l’État n’aura diminué… que de 1 249 postes sur les 50 000 promis ! Faute de réformes, l’État et la Sécurité sociale restent donc trop dépensiers. CQFD.